Petite commune rurale se bat pour garder son commerce

 Dans le bar de Saint-Julien-du-Pinet, ça sent encore le neuf. Presque trop neuf par rapport aux autres bistrots de la région. Le Jorance a ouvert il y a à peine deux semaines et ce n'est pas un bar tout à fait identique aux autres rades du coin. Il s'agit en réalité d'un "multiple rural", autrement dit d'un bar-tabac-épicerie-restaurant, propriété de la commune et confié à un gérant.

Pierre Piegay derrière son comptoir flambant neuf. © Antonin Sabot / LeMonde.fr

Souvent dans les toutes petites communes de Haute-Loire, le bar-tabac est le seul commerce du village. L'âge de leur propriétaire et la possible fermeture du lieu devient alors une obsession pour les édiles locaux. C'est le cas à Mézères (150 habitants) où le maire s'inquiète du sort du café "Chez Louis" et c'était le cas à Saint-Julien (450 habitants) où le café de madame Morin était promis à la fermeture. Alors Etienne Charbonnier, le maire, et son conseil municipal ont eu l'idée de reprendre les murs laissés à l'abandon et d'y ouvrir un commerce en gérance. Après sept mois de travaux, ils se félicitent de leur choix en voyant le bar-tabac flambant neuf, trôner le long de la petite route qui coupe le village, juste derrière l'église et en face de la mairie.

A l'intérieur, Pierre Piegay, le volontaire gérant est un peu au four et au moulin. Il n'a ouvert qu'il y a quinze jours et même si son frère, déjà dans le métier depuis longtemps, assure la partie restaurant, lui est nouveau dans la profession. "Sans lui on était cuit, personne ne voulait faire tout ça à la fois. Le côté restaurant ça en bloquait beaucoup", appuie Etienne Charbonnier le maire de Saint-Julien-du-Pinet qui a investi près de 400 000 euros dans l'affaire. De "grosses" subventions devraient tomber mais leur montant exact n'est pas encore officiel. Elle peuvent aller jusqu'à 80 % de la somme des travaux (et proviennent de la communauté de communes, du département, de l'Europe et des  réserves parlementaires d'élus locaux) et devraient permettre de ne faire payer qu'un loyer très modéré au gérant, "sans quoi il boirait le bouillon", assure le maire.

Quinze jours après l'ouverture de l'établissement, le restaurant n'est pas encore officiellement ouvert et l'épicerie est réduite à la portion congrue. Le « multiple rural » tout neuf est surtout un bar-tabac où l'on retrouve les clients déjà habitués des bars alentours. Ici, on n'est pas forcément adepte du "bar fixe" comme blague le chanteur Renaud, mais plutôt des bars asymétriques, qu'on parcourt d'un village à l'autre. La seule différence c'est qu'il n'y a pas encore d'écharpes de l'AS Saint-Etienne pendue au dessus des bouteilles de Pastis 51 et de sirops Bigallet. Le comptoir n'a pas encore une belle couleur usée, les rideaux n'ont pas le petit côté désuet qu'ils peuvent avoir ailleurs et les murs sont encore vert pomme.

"Ce qui va le faire marcher, c'est le restaurant", assure pourtant le maire de Saint-Julien qui espère avoir là un bon moyen de faire revivre son village. Depuis la fenêtre de son bureau, il s'est pris à compter les voitures arrêtées devant l'édifice. Il est au courant de toutes les réservations à venir : "Le mois prochain il y a les anciens de la classe 1950 et l'amicale des gendarmes." Sûrement un gage de réussite future.


Antonin Sabot.

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